

1300 LES PRIMITIFS ITALIENS
Naissance d’un art indépendant de l’icône chrétienne.
L’expression « primitifs italiens » désigne, pour les historiens d’art seulement, les peintres sur la période du XIIIe au XVe siècle
Avant cette date, la peinture était essentiellement religieuse (icônes, images devant lesquelles on prie).
Giotto en Italie va proposer de sortir des icônes. Il va réaliser des fresques à Padoue, Florence, Venise. Les thèmes restent religieux mais ne sont pas sacrés. On ne s’agenouille pas devant.
Prenons l’exemple du Maesta de Cimabue (ci-contre) réalisé vers 1280.C’est l’œuvre typiquement d’icone sur bois, avec application de la feuille d’or pour signifier le divin. Les personnages ont des positions figées, la peinture est frontale, plus descriptive que narrative. Cimabue rencontre Giotto, élève prometteur dont on disait qu’il dessinait à main levée. Sous les cours de son maître, Giotto réalise les fresques de la vie de Saint François d’Assise. Le tableau représente la scène où St François renonce à tout bien terrestre. Giotto a supprimé les feuilles d’or. L’espace pictural est autonome. Il utilise du lapis lazuli broyé. Le bleu remplace l’or pour représenter le ciel. La main de Dieu sort du nuage et appelle St François. Son père est à gauche, lui présentant les biens et la notoriété qu’il lui offre. St François renonce à son héritage et se réfugie dans les bras de l’évêque.
On commence à raconter une histoire, à individualiser les visages, leur donner une expression. On délimite l’espace. La perspective est approximative, intuitive.
Dans un autre tableau de Giotto représentant Saint François chassant les chimères, il y a un essai de perspectives. Les édifices sont bien réalisés, mais il y a un problème de proportion et de description de l’espace. C’est classé comme représentation « primitive ». A cette époque, Giotto est considéré comme le plus réaliste par la suggestion des espaces, l’intégration des figures, des éléments d’architecture, le travail sur les ombres et lumières. Ces degrés vont se perfectionner au fur et à mesure des années.
II 1425 LA RENAISSANCE
Invention de la perspective linéaire.
Redécouverte de l’antiquité gréco-romaine.
La première vue en perspective de l’histoire est une fresque de Masaccio : Trinité, de 1425. L’auteur s’est inspiré des outils de la perspective des architectes pour les introduire dans la peinture. Ce sont les « lignes de fuite ». C’est le point de vue du spectateur projeté dans le plan.
L’intérêt est de mieux construire l’espace. C’est le choix délibéré de l’artiste de porter le regard sur un point particulier.
Pour comprendre l’importance d’avoir introduit l’architecture dans la peinture, il faut faire un détour sur l’organisation du savoir à l’époque du Moyen Age et de la Renaissance.
Il y avait les Arts libéraux (c’est-à-dire libérés de la matière) d’un côté qui comprenaient : la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l’arithmétique, la musique, la géométrie et l’astronomie,
Et les Arts mécaniques (articulation de la matière) où se retrouvaient les corporations de métier : tissage, armement, architecture, agriculture, chasse, médecine et commerce.
La peinture était classée dans l‘architecture.
Alberti, humaniste italien, architecte et principal initiateur de la théorie de l’art de la Renaissance, dit : « Il faut que la peinture cesse d’être un art mécanique pour être un art libéral ».
Si le peintre introduit la géométrie, il devient « artiste », alliant virtuosité technique et maîtrise intellectuelle.
Léonard de Vinci considère que la séparation entre les deux arts est une aberration et va vouloir les réunir.
Ses prédécesseurs, Fra Angelico : Couronnement de la Vierge en 1430 et Piero della Francesca : La Flagellation du Christen 1460 ont tenté une perspective parfaite, mais les corps sont trop rigides. On a une magnifique description de l’espace, mais une raideur des corps.
Piero de la Francesca représente les commanditaires du tableau (sur la droite). Ce sont de riches mécènes qui veulent faire une croisade pour défendre la chrétienté. Sur la gauche, on voit la flagellation du Christ. Cela pourrait être considéré comme de la propagande pour la croisade.
A Rome, haut lieu de la chrétienté, se retrouvent les artistes.
Ils vont s’inspirer de la peinture flamande. En effet, Van Eyck peint à l’huile pour la première fois dans l’histoire de l’art. Dans sa représentation d’un couple italien : Les époux Arnolfini en 1434, il apporte le détail : le poil du chien, la texture du manteau, le reflet dans le miroir, le lustre. Le tableau est symbolique : le chien représente la fidélité conjugale. C’est comme une photo de mariage. On retient la description de l’espace et du détail.
Revenons en Italie, avec Mantegna, Le Christ mort, 1480. On observe un des plus beaux « raccourcis », un écrasement de perspective. Il faut donner l’impression d’être au chevet du Christ. Mais le personnage est comme sculpté, l’anatomie est fausse.
Botticelli, dans son célèbre tableau de La Naissance de Vénus, en 1485, idéalise la femme, cheveux aux vents, comme si l’ on voulait fabriquer un « canon » de beauté de façon artificielle. Le tableau, non chrétien, introduit un thème mythologique. Il n’y a pas de contradiction entre le monde païen et le monde chrétien.






III 1500 LA HAUTE- RENAISSANCE
Invention du Sfumato. Proportions parfaites et précision anatomique.
Si on parlait de Giotto comme représentant l’enfance de l’art, on pourrait classer Masaccio comme l’adolescent, et Léonard de Vinci comme la maturité.
De Vinci fait une différence entre une ligne et un trait, il estompe les contours pour obtenir des effets flous, il utilise le passage de l’ombre à la lumière. Ses perspectives sont estompées.
Léonard de Vinci fait des planches d’anatomie (1505) qui vont servir à la peinture.
Il joue sur deux piliers : le sfumato (rendre les modelés et les reliefs) et les perspectives.
Il propose de peindre du plus foncé au plus clair, pour ainsi jouer sur la translucidité.
Son Saint Jean Baptiste est représenté l’index levé vers le monde de l’esprit, la main sur le cœur : la matière et l’esprit. On est un être de chair et d’esprit.
Michel-Ange, dans La naissance d’Adam qui décore la chapelle Sixtine de Rome (1508-1512) travaille sur l’anatomie, la lumière.
Pour la réalisation de la Piéta (1498-1499) qui est conservée au Vatican à Saint Pierre de Rome, il adapte le sfumato à la sculpture. Cf ces photos en noir et blanc qui mettent en valeur le relief. Il apporte un aspect serein au visage du Christ, la Vierge est dans la retenue de son sentiment de tristesse, montre la bienveillance vis-à-vis de son fils. Le message est que l’amour d’une mère dépasse la mort.
Raphaël, dans sa fresque L’école d’Athènes (1508-1512) fait se côtoyer les personnages de l’Antiquité Grecque et le monde contemporain de la Renaissance. Il donne les traits de Vinci à Platon (ce qui dénote la déférence qu’il avait pour ce peintre). Il s’est inspiré de l’humanisme de De Vinci, qui comportait une responsabilité éthique vis-à-vis des autres. Léonard de Vinci non seulement voulait acquérir des connaissances, mais en plus, il voulait inventer quelque chose dans chacune des matières.
Dans La Transfiguration, Raphaël (1518) dramatise le sfumato emprunté à Vinci, il accentue les ombres et lumières. Dans la partie supérieure, c’est le monde céleste, et le monde terrestre dans la partie inférieure représenté par l’enfant malade.
Hormis les grands Florentins, l’école vénitienne apporte aussi ses grands peintres comme Titien, Véronèse, Tintoret.
La Vénus d’Urbino de Titien (1538) : un chien endormi y est représenté aux côtés de la jeune femme nue, signifiant qu’on peut se livrer aux plaisirs charnels.
Lavina Fontana illustre aussi ce mouvement dans « Noli me tangere » en 1581 : ne me touche pas, rare artiste femme à l’époque. Elle a peint aussi une famille espagnole atteint d’hirsutisme (pilosité excessive chez la femme).
IV 1600 L’ART BAROQUE
Entre réalisme et recherche du grandiose. Exploration du clair-obscur.
Caravage va utiliser le clair-obscur pour mettre en valeur les scènes. Plusieurs tableaux seront cités : La Diseuse de bonne aventure (1598), qui vole la bague au jeune aristocrate, tout en lisant les lignes de la main.
Dans la Judith décapitant Holopherne (vers 1600) Caravage met en relief la musculature, s’inscrivant dans le sillage de Vinci qu’il adorait. Les yeux sont révulsés, le cou à moitié tranché, la lumière est latérale. Sur le visage de la femme, on lit le dégoût de ce qu’elle est en train de faire. Elle est prise en étau entre ce qu’elle exécute et les injonctions de la servante. Le message est : la complexité de l’âme humaine. C’est le baroque (le goût du mouvement, de la dramatisation, l’audace, l’imagination).
Caravage est aussi connu pour ses natures mortes. Il y a le ver dans la pomme, on voit la mort qui est là. Les « vanités », côté éphémère de la vie.
Artemissia Gentileschi en 1612 a peint la même chose que son maître (la décapitation), mais n’a pas reproduit le côté torturé de la femme.
Caravage ne voulait pas faire école, mais il a influencé toute l’Europe.
Dans son tableau, le Philosophe, Rembrandt en 1632 voit la lumière naturelle à travers le filtre de la vitre. Dans La Ronde de nuit en 1642, il traite le clair-obscur en empâtement (épaisse couche de peinture). Selon l’éclairage, on a deux clair-obscur différents.
Vélasquez, dans Les Ménines en 1656 introduit le clair-obscur ; il en démultiplie les effets pour avoir l’effet de profondeur. Il était de coutume en Espagne que l’on représente le roi au milieu du tableau. Dans cette représentation, Vélasquez montre la cour qui regarde le peintre faire le portrait du roi et de la reine.
Le peintre n’est plus un artisan. Il a acquis la place d’artiste.
Enfin dans L’Art de la peinture, Vermeer en 1665 montre un peintre de dos. On retrouve la texture du drapé de van Eyck au premier plan. C’est quasiment de la « photographie ».


V 1648 LE CLASSICISME
Correction de la réalité selon l’idéalisme antique. Hiérarchie des genres de peinture.
On va créer l’Académie des Beaux-Arts
La peinture d’histoire est la peinture noble, la plus élevée. C’est la peinture « aristocratique ». Il y avait une peinture majeure et une peinture mineure.
Vient en premier la peinture d’histoire, puis le portrait, le paysage, la nature morte et la peinture de genre.
Les normes du classique sont de corriger la réalité selon la peinture antique. Incarné par Nicolas Poussin, dans Les Bergers d’Arcadie en 1637, le nez de la femme est « à l’antique », de profil. Sophie Chéron, artiste femme de la bourgeoisie fait son autoportrait ; ce qui signifie qu’elle était reconnue en tant qu’artiste. A l’époque c’était un instrument de la gloire des puissants. Mais les femmes n’ont pas accès à l’école des beaux-arts. Il faudra attendre 1880.
VI 1750 LE NEO-CLASSICISME
Découverte des ruines de Pompéï et Herculanum.
Intérêt renforcé pour l’art antique,le « grand style ».
En 1750 on retrouve les ruines de Pompeï et d’Herculanum. Des villes entières sont retrouvées, ce qui provoque un regain pour l’art antique.
Des artistes lettrés s’expriment comme :
– Jacques -Louis David, Le Serment des Horaces en 1785. Des soldats prêtent serment avant le combat. Les mêmes ingrédients que Giotto, mais poussés au perfectionnement supérieur : exemple les veines saillent sur le mollet du soldat (l’héritage de la Renaissance).
– Ingres :Portrait de Mr Berlin en 1832. Il s’agit d’une personnalité importante dans le monde de la presse. On est dans l’imitation. Avec La Grande Odalisque en 1814 , Ingres n’hésite pas à déformer la réalité pour avoir de plus beaux traits, notamment la courbe du dos. On est dans l’idéalisation.
VII 1820 LE ROMANTISME
Opposition à l’idéal classique pour exalter les sentiments humains.
Fusion des formes et des sujets.
Les romantiques vont s’opposer aux codes classiques. Ils vont exalter les sentiments humains, fusionner les formes.
Tel Théodore Géricault : dans le Radeau de la Méduse en 1818. Le tableau est censuré à l’époque. Sur ce radeau de fortune, il y a des gens vivants, d’autres morts. Il veut montrer la noirceur de l’âme humaine.
Delacroix accentue cette tendance dans La Mort de Sardanapale en 1824. On montre le tourment, la spirale remplace l’ordonnencement classique. On remarque le chromatisme Avec Les femmes d’Alger, en 1833.
VIII1855 LE REALISME
Représentation plus exacte de la réalité, sans idéalisation classique, ni sentiment romantique.
Il va s’agir de montrer la réalité crue, la lourdeur d’un corps, une femme au quotidien, comme Zola décrit la pauvreté.
Tel Gustave Courbet, dans l’Enterrement à Ornans , en 1850,ou les Baigneuses en 1853.
Dans L’Atelier, en 1855, Flaubert y est représenté par Courbet.
Gustave Courbet est le premier peintre qui ne dépend plus de la commande. On va créer le marché de l’Art pour vendre les impressionnistes dont personne ne voulait.
En conclusion, l’art a mis plusieurs siècles à construire sa représentation. Il faut du temps pour la perfectionner.
Ensuite la tendance va s’inverser. Entre Manet en 1872 et le surréalisme de Dali ou Magritte en 1938 va s’opérer la « déconstruction ».
Mais ceci est une autre histoire…
Marie-Pierre FOURDINIER le 4 mars 2025
UTL Pévèle Carembault